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Voyage intérieur

Du 17 février au 31 mars 2007

Belkacem Boudjellouli, Denis Castellas, Anika von Hausswolff, Zilvinas Kempinas, Eva Marisaldi, Joao Penalva, Denis Roche

Entre métaphore et littéralité, monde et conscience, le voyage intérieur évoque l’avancée de l’explorateur sur des terres plus ou moins éloignées. Il renvoie au vécu autant qu’au fantasme, s’inscrit dans une histoire, s’il ne contribue déjà à la constitution d’un mythe. La lente immersion dans les eaux froides du lac Baïkal, sert ici de point de départ au récit. Cette exposition est pensée autour de la fiction cinématographique 336 rivières de Joao Penalva, véritable expérience temporelle de l’image mettant en jeu les questions de narration, d’interprétation, de traduction et autres adaptations. La litanie égrenée en russe conduit ensuite la rêverie vers des œuvres aux tonalités étrangères les unes aux autres, glissant de l’émerveillement à l’inquiétude.
L’intrigue se déroule sur fond de réalités et de mémoires, d’imaginaire et de sensible, entre étrangeté et conquête de soi. Il corso tace, installation de six sculptures recouvertes de draps, de l’artiste Eva Marisaldi, met en place des indices, une atmosphère, laissant à chacun le soin de recomposer la scène. L’espace d’interprétation est à compléter, il fait appel au souvenir et à l’expérience d’un lieu en attente d’une réponse incertaine.
La suspension du temps et la charge énigmatique se trouvent également dans la photographie Guided by Voices d’Annika von Hausswolf. Dispositif scénique et position instable du sujet contribuent à créer une tension romanesque teintée d’humour et d’érotisme. La scène se dérobe toutefois au regard, en attente de dévoiler ses secrets, en attente de nos projections. Les meilleures histoires sont celles que l’on ne raconte jamais, confie l’artiste.
Dilatant démesurément le temps dans l’espace, ces œuvres laissent émerger une pensée vagabonde tantôt à l’écoute d’une réalité intérieure, tantôt en résonance aux images du monde. Avec ses photographies Denis Roche raconte des histoires comme il le fait avec ses romans et sa poésie. Paysages et autoportraits relèvent d’une affaire intime et d’un combat avec le temps. Les images saturées d’indices jouent la complexité en multipliant le recours aux reflets, aux miroirs et aux vitres. Quand l’instant présent se noie dans les mises en abîme, le réel, capté, se soumet au vertige de la fiction.
A l’inverse chez Denis Castellas, l’œuvre est fragile, incongrue, ni achevée, ni inachevée. Le dessin se morcelle jusqu’à sa déstructuration et son effacement, il ne reste que des bribes éparses, comme si l’énigme résistait finalement à tous les décodages. Placées sous le signe de l’étrange, le dénuement des petites constructions sur d’immenses feuilles de papier reflète la profondeur vide d’un désœuvrement.
Autant de paysages que de mondes ambivalents où rêve et réalité, présence et absence expriment les nuances de la vulnérabilité et du discernement. Celui de Belkacem Boudjellouli, Sans titre (paysage), raconte une histoire hors temporalité, basée sur la fragilité et l’économie de moyen. Aplat blanc et fusain se partagent l’espace lumineux de la toile. Le dessin réinvente l’écrit pour parler d’un quotidien qui n’existe pas. L’image traduit des mots et les mots amènent leur flot d’images.
A partir de simples bandes magnétiques tenues en l’air par un vortex d’air généré par des ventilateurs, Zilvinas Kempinas crée quant à lui un univers flottant et mystérieux. La bande vidéo utilisée de façon détournée devient un matériau à part entière, simple, fragile, au potentiel évocateur et magique à la hauteur de la virtualité qui la constitue, bien qu’affranchit de sa dimension médiatique.
Le voyage mène à nouveau vers les 336 rivières. Au rythme du scintillement des pixels, le paysage devient la forme concrète du temps qui se prolonge en images souvenirs, en moments de rêve et de réflexion.

 

Céline Mélissent

 
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