Du 14 avril au 26 mai 2007
Laurette Atrux-Tallau, Julien Audebert, Renaud Auguste-Dormeuil, Marie Bourget, François Curlet, Philippe Decrauzat, Ghazel, Geert Goiris, Marie Legros, Loïc Raguénès
Esclave moderne, l’androïde, robot construit à l’image parfaite de l’homme, est le fruit d’une rationalisation de la conscience occidentale. Au terme d’une volonté de dominer le réel par la raison, il symboliserait l’aboutissement de la discipline des corps, réduits à l’état de machines. L’androïde implique d’une part une distinction difficile entre vivant et non vivant, et d’autre part que les corps comme les marchandises soient interchangeables. Paradoxalement, pour l’homme qui se croit sujet tout puissant du monde, tout finit par se dérober, jusqu’à lui-même.
Philippe K.Dick, auteur d’une conférence ayant donné le titre à cette exposition, définit l’androïde comme « une chose qui a été fabriquée spécialement pour nous tromper cruellement, en nous donnant l’illusion que cette chose est des nôtres » (Philip K.Dick, extrait de Androïde contre humain (circa 1972) in Si ce monde vous déplaît… et autres écrits. Editions de L’éclat, 1998). L’homme commun de nos sociétés, individu enclin à vivre conformément à la justice, à la liberté et à la vérité, ne serait que l’instrument d’une machination plus ou moins occulte, d’un pouvoir aussi abstrait que cruel, dont la scène médiatique viendrait authentifier tous les mensonges.
Les œuvres réunies dans la galerie du Frac, parlent de vulnérabilité, de limites, de technologie et de mort. Chacune d’entre elles, à sa manière tente de mettre en crise la notion de déterminisme de l’esprit occidental en introduisant des éléments d’incertitude, parfois en convoquant ce que certains ont appelé le continent noir (Terme initié par Freud pour parler de la jouissance féminine, qui par extension désigne le réel, la nature, le corps, la femme, la part d’innommable). Elles pointent et mettent en perspectives de façon plus ou moins explicite les effets de la technologie sur la vie quotidienne, afin de ne pas uniquement les subir en tant qu’instrument idéologique. Insidieusement, il s’agit de déplacer les enjeux de la technique et de rappeler que la fonction de représentation se joue dans les comportements. Si désormais toute limite à la maîtrise de l’homme sur le réel est abolie, si la représentation est devenue plus importante que le monde qu’elle est censée représenter, alors l’enjeu serait de penser la vie comme fondement possible d’une résistance au pouvoir.
« Ce qui gît devant nous est nouveau. Et il est possible qu’au-delà il y ait encore autre chose, quelque chose d’unique et d’encore opaque à notre regard. » (Philip K.Dick, op.cit.)
Céline Mélissent
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