Hsia-Feï Chang & Christian Robert-Tissot | FRAC Languedoc-Roussillon | Des, Robert, Une, Tissot

 

Hsia-Feï Chang & Christian Robert-Tissot

Du 29 septembre au 10 novembre 2007

Hsia-Feï Chang & Christian Robert-Tissot 

L’exposition Hsia-Fei Chang et Christian Robert-Tissot à la galerie du Frac présente un ensemble d’œuvres faites de néons et d’enseignes lumineuses. Dans le premier espace, le mot tourist (Christian Robert-Tissot, 2006), diffusant la lumière orangée d’un coucher de soleil cohabite avec le mot lumière, gratté à même le mur (Hsia-Fei Chang, 2007), comme on le voit fréquemment dans les lieux les plus visités. La lumière vient également d’un nuage clignotant et d’une enseigne portant des idéogrammes, qui orientent le voyage vers l’Asie. Le paysage est à la fois mental et urbain, l’exotisme se veut à la fois très codifié et facteur de stimulation des imaginations.
Le spectateur est renvoyé à une place de touriste culturel et la galerie, à un espace à visiter, à l’instar des foires, biennales et autres événements ou lieux incontournables et désormais accessibles à tous. Le mélange des cultures asiatiques et occidentales, de l’art contemporain et des formes populaires contribuent à créer de l’étrangeté, de l’incompréhension, mais renvoie également à quelque chose de connu et de coutumier. Le voyage n’évoque pas exclusivement le dépaysement, parce qu’on se retrouve bien souvent dans des univers standardisés et qu’il est intimement lié à une géographie personnelle.

Le second espace d’exposition s’ouvre comme une parenthèse. Le mot amateur (Christian Robert-Tissot, 2007) de Christian Robert-Tissot, éclairé d’une lumière blanche, ironise sur cette capacité à vouloir rendre les choses instantanément compréhensibles alors même que résistance et complexité font partie intégrante des jeux de l’art et du monde. L’ensemble des pièces exposées relèvent du domaine publicitaire et urbain. Les enseignes lumineuses détournées de Hsia-Fei Chang constituent la série Urumqi (Hsia-Fei Chang, série de 10 enseignes lumineuses, 2006), du nom d’une ville importante du Nord-Ouest de la Chine trop éloignée pour être visitée. Au-delà de toute notion de marque ou de logo commercial, chacune donne une vision du bonheur, entre rêve, jeunesse, beauté et tristesse, mélancolie doucereuse à la Marcel Proust ou à la Haruki Murakami, pilule miracle et autres plantes des dieux. L’esthétique pop et électrique fait directement référence aux mégapoles comme Tokyo ou Las Vegas, destination de rêve pour beaucoup, symbole du plaisir et de la modernité. Fantasmes et désirs se côtoient dans une recherche de lumière et de bien-être. En dépit du pouvoir de persuasion des méthodes publicitaires, du caractère hypnotique de son système de représentations, le monde n’est pas une agence de voyage et la mélancolie ne se résout pas au bonheur d’être triste. Plus claire est la lumière, plus sombre est l’obscurité.
La parenthèse se ferme avec la phrase de Robert-Tissot, Less playboy is more cowboy (Christian Robert-Tissot, 2005), en référence au célèbre Less is more de Mies van der Rohe, repris par les minimalistes et ensuite par Robert Venturi en Less is a bore. Le détournement de ce texte permet à C. Robert-Tissot de se positionner dans une filiation distanciée par rapport à l’art conceptuel et minimal (distanciée dans la forme globale de son œuvre, agrandissement des lettres, usage de typographies variées et spécifiques, jeux de signes linguistiques aussi bien quotidiens, stéréotypés que poétiques). Quoiqu’il en soit Less playboy is more cowboy évoque tout comme les œuvres de HF. Chang, l’image de Las Vegas, haut lieu du tourisme, mais aussi pour C. Robert-Tissot, haut lieu de la peinture américaine des années 60, situé au milieu du désert du Nevada.

Le troisième temps de cette visite conclut dans un face à face. Une enseigne en forme de Ice cream se reflète dans un monochrome chromée avant d’y inclure la figure du visiteur.
Le monochrome est un procédé que Robert-Tissot exerce depuis toujours (au-delà des apparences du fait des superpositions de texte). On ne peut plus frontale, la vision qui en résulte fait retour sur la question de la place et du regard de chacun, entre tourist et amateur. Face à face radical, qui loin des illusions et du glamour, fait miroir sous la lumière crue des néons.

 

Céline Mélissent
 
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