Du 20 octobre au 18 décembre 2010
Avec les oeuvres de | Cristian Alexa, Tjeerd Alkema, Hsia-Feï Chang, Jean-Luc Moulène, Daniel
Pflumm, Jozef Robakowski, Sigurdur Arni Sigurdsson (collection Frac Languedoc-Roussillon) |
Pierre Bismuth et Gérard Fromanger (collection Frac Midi-Pyrénées) | Jérôme Romain et Audrey
Martin
Une exposition sur le thème du « passage » conçue avec les étudiants du master « Conservation, gestion et
diffusion des oeuvres d'art des XXe et XXIe siècles » de l'université Paul-Valéry (Montpellier).
Les oeuvres réunies dans l'exposition proposent une approche de la condition de l'homme du XXIe
siècle astreint à une impérieuse « errance », un mouvement perpétuel impulsé par les phénomènes
de globalisation. Blasé par un environnement bétonné, le passant perçoit la rue comme un espace
transitoire sans intérêt. Face à cette indifférence désabusée, les artistes invitent à redécouvrir la ville
avec curiosité et éveil des sens. Plutôt qu'une marche utilitaire, ils convoquent la figure du Flâneur
moderne de Baudelaire comme précurseur d'une déambulation sensible et consciente. Au
mouvement du corps, au tumulte des boulevards ou des foules répond un bouillonnement mental.
S'approprier le contexte urbain, ralentir le pas, c'est affirmer son existence en marquant sa présence.
C'est aussi s'extraire de l'anonymat citadin par la marche, propice à l'introspection mais aussi à la
rencontre avec les autres qui, impromptue ou planifiée, forge notre identité.
Découverte ludique de l'exposition et lecture de contes
Les mercredis et samedis à 15h (à partir de 5 ans)
- Réservations 04 99 74 20 30
Passants, nous déambulons dans nos rues, inconscients de nos gestes quotidiens. Noyés par les habitudes, le passage se mue en une nature pour laquelle nous perdons tous égards ; sa motivation, ce qu'il sous-tend ou implique. L'homme contemporain évoluant dans une société précaire où tout se modifie, se dissout, s'atomise dans l'instant vient à se calquer sur ce modèle. En perpétuel déplacement, nomade, homo viator, il devient un nouvel errant, un être sans origine ni fin, en voyage permanent (cf. Nicolas Bourriaud, Radicant).
Finalement la passivité de nos frustes passages dans nos rues demeure duplice : nous sommes errants et actifs placés au sein d'une société échue au mouvement. Succédant au flâneur de Baudelaire, définissant un nouveau type d'errance, son adage « tirer l'éternel du transitoire » demeure pourtant.
Contemporain de Baudelaire, Dostoïevski dépeint dans nombre de ses romans, une ville remuante, presque infernale, déjà en proie à un mouvement aliénant. Quand bien même cette modernité se trouve dépassée (le passant d'aujourd'hui se coulant, se formatant dans ce mouvement dont se défiait le moderne), l'idée d'une ville furibonde, où une certaine forme d'errance se développerait s'augurait déjà. De ce passage inconscient dans nos rues et quotidiens, nous tendons vers une vie où l'esthétique ne serait issue que du mouvement.
Soit dit en passant est l'euphémisme ironique de cette problématique contemporaine, le lien entre nos passages quotidiens, et ceux d'un monde livré à un éternel chamboulement. Dans la rue, l'errant en proie à sa propre inertie vient à se cogner à celle d'autrui ; la foule. Cette foule, selon Walter Benjamin efface le lien entre communauté et individu, lien qui ne peut être recrée que par un acte. Cet acte est celui du mouvement même, du déplacement qui donne corps et identité à cette foule. Le mouvement comme catalyseur se retrouve aussi dans cette hétérogénéité, les fragments que compose, dans leurs diversités, cette même foule. L'effet en est l'anonymat. Cette multitude confondant les individus fait dire à Francis Alÿs que, jetés dans la rue, nous devenons tous égaux, et solitaires. « La marche est un de nos derniers espace intime », affirme-t-il. Walter Benjamin soutient que la foule provoque « une ivresse qui s'accompagne d'illusions très particulières » : l'illusion d'une rencontre qui n'est que repli individuel. Le passage que motive le mouvement postule alors pour une rencontre de soit ; l'errance qui nous guide tel un déplacement toujours initiatique, dans le bouillonnement d'un monde sollicitant tous nos sens ; un tumulte de bruits et de formes agitées, dont les compositions musicales de Steve Reich peuvent faire écho.
La ville est le symbole de ce nouvel errant ; l'urbanité est ce qui se joue de lui, l'instrument qui le fait avancer. La ville détermine l'errant et ses déplacements, mais lui offre aussi le terreau et les outils nécessaires à tout parcours. Evoluant dans la ville, l'errant s'approprie l'urbanité par sa marche qui, même si fragile et déterminée, peut alors devenir motif de création (cf. Thierry Davila, Marcher, Créer). L'artiste, passant et errant, jetant son oeil dans la réalité, en retirant ses matériaux, en propose alors, selon ses déambulations, une (re)présentation, ouvre de nouveaux interstices pour le jeu, la fiction et la liberté.
Soit dit en passant est un constat, une vision d'un homme contemporain, habitant d'un chaos dont il se fait maitre ; dont il érige autant de codes et normes comme nouvelle nature ; celle de l'errance comme catalyseur, celle d'une marche forcée comme principe esthétique.
Bertrand Flanet, Karima Boudou et Elise Girardot
Informations pratiques
Carbone 14 | Association Loi 1901. Communication : Elli Humbert |
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Frac Languedoc-Roussillon | 4 rue Rambaud - 34000 Montpellier | 04 99 74 20 35 |
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Horaires d'ouverture | du mardi au samedi de 14 h à 18 h
Communication | Christine Boisson : 04 99 74 20 34 |
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Service éducatif | Céline Mélissent et Gaëlle Dupré Saint-Cricq : 04 99 74 20 30 |
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Découverte ludique de l'exposition et lectures de contes pour enfants | Tous les mercredis et samedis à 15 h
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