Go to Thy Cold Bed and Warm Thee | FRAC Languedoc-Roussillon | Une, Dans, Les, Est

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Go to Thy Cold Bed and Warm Thee

Exposition du 18 juin au 3 septembre 2011 - prolongée jusqu'au 17 septembre

Denise A. Aubertin, Jacques Charlier, Gérard Collin-Thiébaut, Liam Gillick, Grout/Mazéas, Peter Kogler et Franz West, Perrine Lievens, Maurin et La Spesa, Joachim Mogarra, Marko Mäetamm, Gabriel Orozco

Vue de l'exposition Petite Chasse au Snark Interroger l’espace qu’est le lit permet de visiter la place qu’il occupe dans notre imaginaire, dans nos fantasmes, dans notre histoire personnelle, dans notre vie quotidienne, elle-même tendue vers la couche dernière qui recueillera notre corps, mort. Le Frac Languedoc-Roussillon propose une exposition autour de ce thème et d’artistes qui prennent la chambre pour motif ou sujet de leur travail.

Les œuvres d’une collection sont comme ce vers du poète : chaque nouvelle exposition les intègre dans une configuration différente, où elles prennent un sens inédit, par l’articulation qu’elles ont avec d’autres œuvres, d’autres lieux, d’autres moments, d’autres contextes. Et bien sûr, d’autres spectateurs aux histoires singulières. Ainsi, la culture et l’art ne s’opposent pas de manière frontale, ils opèrent l’un par rapport à l’autre dans un jeu de cache-cache perpétuel, l’exception ne pouvant que naître du contre-pied fait à la règle, la règle étant parfois la meilleure chose pour produire de l’inattendu… Mais la répétition dans le vers de Shakespeare ne concerne pas n’importe quel sujet : il s’agit à chaque fois du corps dans sa plus grande nudité, le corps du pauvre Tom qui a froid (Le Roi Lear), ou celui de l’« hôtesse » (la femme de chambre ?) qui veut qu’on lui paye ses verres cassés et que Sly rembarre brutalement (La Mégère apprivoisée). De la pitié à l’insulte, l’injonction concerne l’autre dans sa dimension physique la plus simple, la plus dérangeante aussi.
Les œuvres de l’exposition du Frac abordent cette dimension du corps dont on pourrait croire qu’il désigne l’espace d’une singularité absolue, alors qu’il est plutôt celui de la répétition, du même (le pauvre Tom ou l’hôtesse, ne sont-ils pas n’importe qui, c’est-à-dire n’importe lequel d’entre nous ?). Ce qui anime les corps n’agit-il pas de manière quasi mécanique, instinctive ? L’espace du « lit glacé », où se jouent le repos, le réconfort, l’amour, et même la mort, serait ainsi le lieu d’une vérification de la nature programmable de l’être, de sa détermination imparable.
Ainsi, le visiteur de l’exposition se montrera attentif à plusieurs caractéristiques des pièces présentées : le ventilateur qui tourne à l’entrée (Gabriel Orozco) porte sur ses pales des rouleaux de papier toilette, projetant la dimension organique dans une parodie de chorégraphie aérienne ; le petit boudoir et le divan de Kogler et West sont recouverts d’un tissu imprimé avec le motif du cerveau et de ses méandres, comme si la pensée se réduisait, dans le repos ou la psychanalyse, à la superficie matérielle de l’organe cérébral ; le balcon en néon de Perrine Lievens est aussi romantique qu’une enseigne de grand magasin ; la saynète amoureuse de Marko Mäetamm rabaisse le sexe à un catalogue bien ennuyeux de postures grotesques ; le film de Grout/Mazéas montre l’impossible évasion d’un clown surexcité à l’énergie vaine ; les textes de Gérard Collin-Thiébaut, tout encadrés et élégants soient-ils, ne parlent que de « ça » ; l’étude sur Jacques Lacan a bien été cuite au « chocolat » – lointain clin d’œil à la broyeuse de chocolat de Duchamp et au mécanisme du Grand Verre ? – par Denise A. Aubertin ; « l’affaire Elstir » de Jacques Charlier est une fiction à tiroirs multiples réduisant l’Auteur à un canular improbable (« Elstir ailleurs ! », quelque part entre Proust, grand amateur de pastiches, et Roussel, maître des forgeries littéraires modernes) ; le grand triptyque nuagiste de Joachim Mogarra est une photographie, procédé mécanique encore, bien conventionnelle, réitérant les clichés les plus éculés de l’Inspiration classique et de son lien avec la Nature infinie ; enfin l’échappée-belle funéraire de Maurin et La Spesa, surplombée du miroir-lustre de Liam Gillick et environnée de quelques corbeaux moqueurs, nous invite à considérer la mort même comme une simple « répétition » de la vie, au sens théâtral, doublée d’une impossibilité logique, à la rigueur. 
̶  Oui, mais le poète dit aussi : « Et réchauffe-toi ! »
C’est que l’art, comme la culture, n’est pas un simple contenu, mais un acte, et que l’action qu’il permet, aussi vaine puisse-t-elle paraître parfois (Grout/Mazéas), doit être tournée vers ce seul objectif : accompagner le mieux-être des vivants, produire des croyances dont les effets sur leur corps et leur esprit – ces deux mots désignant d’ailleurs une seule et même chose – soient heureux. Point d’ataraxie ou de résignation, point de mise en suspens de nos discours ou jugements désabusés. Le désenchantement n’est pas une triste désillusion, mais une porte grande ouverte sur les jeux multiples de formes et de signes qui nous aident à préciser la conscience de ce que nous sommes : des corps chauds dans un lit glacé.

Emmanuel Latreille

Informations pratiques

Frac Languedoc-Roussillon | 4 rue Rambaud - 34000 Montpellier | 04 99 74 20 35 | Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Horaires d'ouverture | du mardi au samedi - jusqu'au 27 août, de 15 h à 19 h | du 30 août au 17 septembre, de 14 h à 18 h | entrée libre
Communication | Christine Boisson : 04 99 74 20 34 | Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Service des publics | Céline Mélissent et Gaëlle Dupré Saint-Cricq : 04 99 74 20 30 | Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Découverte ludique de l'exposition et lecture de contes pour enfants tous les mercredis à 15 h en juillet.

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